Nouveautés Février 2019 : Ragna Crimson & Soft Metal Vampire

Ce mois-ci, deux nouveaux titres au programme. L’un que j’attendais avec impatience et l’autre pris totalement parce que la pub’ de l’éditeur m’a rendu curieux. Le premier est un seinen de SF par le célèbre Hiroki Endo, terminé depuis peu en 6 tomes (et j’ai bien peur que cette fin soit abrupte, mais on reverra ça dans un peu plus d’un an) : Soft Metal Vampire. Le second est un shônen de dark fantasy par un auteur encore inconnu en France, Daiki Kobayashi, en cours avec 4 volumes : Ragna Crimson.soft metal vampire

En France, Hiroki Endô est connu pour Eden (it’s an endless world), oeuvre culte édité par  bientôt feu Panini, l’éditeur mort-vivant qui sort un manga par mois maximum. Après 3 tomes de All Rounder Meguru et presque huit ans d’absence, le revoilà avec un seinen qui fut publié au Japon aux côtés de titres comme L’ère des Cristaux ou encore Vinland Saga. Le scénario proposé est bien plus WTF qu’usuel. En effet, l’histoire se déroule dans un monde où les vampires ont pris le pouvoir en dérobant l’arsenal nucléaire de l’humanité grâce à leurs facultés : ils maîtrisent les éléments chimiques. Jusqu’au jour où une humaine, Miika, se découvre un pouvoir identique, mais fatal pour eux, car elle manipule l’argent. Heureusement, Four, un vampire (?), vient à sa rescousse.

A partir de là, ça part en vrille de tous les côtés, entre combat chimique plus ou moins détaillés et scientifiquement viables (l’osmose du protium qui fait une sorte de rayon laser ?), massacres & effusions de sang et blagues potaches bien en-dessous de la ceinture HASHTAG #BalanceTonPorc. L’aspect « chimie » du titre est par ailleurs assez simple à comprendre, vu que pas surexploité, et expliqué très succinctement. Bref, avec un cursus de lycée niveau seconde générale, il y a de quoi s’en sortir.SMV Pu238

Au-delà des scènes un peu trop nombreuses mettant en valeur la taille proéminente du pénis de Four (de son vrai nom Alan Jr Nasube), le mangaka commence à tisser une toile dans laquelle deux organisations diamétralement opposées s’affrontent, avec un mystérieux « suzerain » au centre du conflit, sans même compter la présence des humains embarqués dans tout ce foutoir. Et des lycanthropes cyborgs, aussi. Histoire de. J’espère aussi que Miika sera un plus active, et moins spectatrice des évènements, par la suite. Et qu’on en saura plus sur cette asservissement de l’humanité mentionné dans le résumé de l’éditeur sans qu’on en ait un réel aperçu dans le manga lui-même.

Bien évidemment, je suis ravi de retrouver l’auteur, en pleine forme qui plus est. Pour le moment, c’est clairement moins sérieux, réaliste et déprimant qu’Eden. Si l’on accepte le point de départ, un peu délirant, de ce vampire de métal mou, alors on ne peut qu’apprécier le voyage, même si la destination est pour le moment loin d’être claire. A noter que la couverture de ce premier tome a été modifiée sans aucune justification, pour une illustration pas forcément meilleure que l’originale. Au contraire, de mon point de vue, c’était la couverture la plus travaillée de toute la série, avec un vrai décor, et pas des splash de couleur à la Splatoon. Bref. Le tome 2 est prévu pour le mois de Mai (un rythme trimestriel donc). Rendez-vous au printemps 2020 pour savoir si la fin est à la hauteur de ce début déjanté.

A l’inverse, Daiki Kobayashi est un mangaka qui doit encore faire ses preuves, puisque l’on ne connaît rien de ces œuvres antérieures. Dans Ragna Crimson, fer de lance de l’année 2019 pour son éditeur Kana, il narre l’aventure de Ragna, compagnon d’une tueuse de dragon invincible. Du haut de ses douze ans, Léonica est une légende. Puis arrive un dragon surpuissant, et là ça part en cacahuète.

Le premier chapitre est très dense et contient un max d’informations (même la raison qui pousse les dragons à attaquer soudainement, alors que ça aurait pu, si elle avait été différente, être un enjeu du récit), et se révèle beaucoup moins classique et prévisible dans son déroulement que le résumé officiel le laissait croire. Je m’attendais à un héros de shônen qui veut devenir le plus fort des faucheurs de dragons, et qui y arriverait avec l’aide du pouvoir de l’amitié, mais le récit ne prend pas du tout cette direction. Après un méli-mélo temporel, voilà Ragna devenu surpuissant, et bien déterminé à exterminer tous les dragons pour éviter le futur apocalyptique qu’il a entrevu.

ragna and crimson

Le mangaka prend donc à contre-pied le principe de base du nekketsu, puisque a priori Ragna est au sommet de se puissance. Cela offre une nouvelle perspective au récit, mais risque également de rendre tout adversaire moins impressionnant, malgré toute l’inventivité et l’originalité apportées à leurs designs. D’ailleurs, comme dans beaucoup de shônen, les ennemis ont un système de classification, une hiérarchie de leur puissance. Bien pratique pour savoir qui éliminer en priorité. Cela fixe aussi une ligne narrative précise, un but à viser. Tout en laissant de la place pour pas mal de détours. Petit problème : les plus forts d’entre eux peuvent prendre une apparence humaine ! Voilà qui pourrait offrir un peu de tension narrative, avec des dragons infiltrés, mais pour le moment, non, ils arrivent à chaque fois de l’extérieur. D’ailleurs, les deux chapitres restants de ce 1er tome nous offrent chacun un dragon à tuer, et j’espère que la suite changera cette formule usée jusqu’à la corde. Le manga abuse aussi un peu facilement de l’ennemi qui se présente en long et en large… Point étrange : les faiblesses des dragons puisent leur source dans le mythe des vampires. Comme eux, ils craignent le soleil (qui les brûlent) et l’argent (qui les glace). Original, mais intriguant.

Intriguant, tout comme la présence du roi des dragon ailé, le fameux Crimson qui donne son nom à la seconde moitié du titre. Son apparence est trompeuse, ses motivations sont plus que suspectes, et le mangaka joue avec la mise en page astucieusement pour nous dévoiler ses expressions de folies démesurées. On a donc là un duo d’anti-héros, d’ennemis même dont l’alliance semble fragile.

Ce premier tome promet donc un univers riche et travaillé, très immersifs grâce à ses cadrages et mise en page. Et la fin dévoile de nouvelles pistes à explorer, avec ses différents clans de dragons (et donc différents [chara-]designs à exploiter, j’ai hâte). Reste à espérer que la suite ne tombe pas dans la facilité et les clichés du shônen, ni que l’auteur ne s’embrouille trop dans ses histoires de lignes temporelles (vu les conséquences dans le passé de l’intervention de futur-Ragna, sa ligne devrait avoir disparu, et lui avec, ce qui ne paraît pas être le cas ?).

L’édition de Kana est bien travaillée, et l’éditeur propose même une version collector (avec fourreau et décorama). Plus un bon travail de communication qui a fini par payer (enfin, c’est moi qui paie en fait).. La traduction est fluide, sauf sur un prénom d’un personnage devenu bien trop long et difficilement prononçable en français  sans s’y reprendre plusieurs fois (« Bidugramégour » au lieu de Merugubude ou Melgubde ou en bref メルグブデ dans le texte original). J’essaie de comprendre ce choix depuis plusieurs heures, en vain. Les quatre tomes sortis au Japon au cours des deux dernières années devraient tous sortir lors des dix prochains mois.

 

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