Area 51

Dans la longue liste des mangas achetés en partie ou totalement à cause du célèbre Meloku (#BlogueurInfluent), voici l’ultime entrée. Il s’agit d’Area 51, le dernier titre de Masato Hisa toujours en cours dans son pays d’origine et déjà connu en France pour Jabberwocky (sorti chez Glénat en début d’année). Bon « connu » est à l’heure actuelle encore légèrement exagéré, mais sa notoriété devrait, je l’espère, s’accroître dans les mois (au pire, les années) qui suivent.

Qui dit
Qui dit « Area 51 » dit aussi ALIENS !

En effet, que ce soit par sa patte graphique atypique ou son style de narration, Masato Hisa a tout les atouts en main pour se démarquer dans le marché actuel du manga. Sans compter l’édition française de Casterman qui sans être parfaite (nul n’est parfait), n’en est pas moins dans le haut du panier : traduction excellente et appropriée, papier blanc, texture de la couverture, pages couleurs… Du bon job.

Avant de parler de l’histoire d’Area 51, évoquons d’abord le plus remarquable, ce qui se voit d’entrée de jeu. L’univers graphique de Masato Hisa. Fait uniquement de contrastes, de jeu d’ombres et de lumière, blanc immaculé contre noir corbeau. Peu, voire pas, de trames (utilisées à bon escient, lors de flash-back par exemple). Le tout pourrait rappeler le style d’Atsushi Kaneko, similaire en apparence, mais non, en fait. Dans la théorie, ça paraît super proche, mais dans la pratique, pas trop. En effet, si les deux mangakas utilisent l’encrage de manière appuyée, c’est bien là leur seul point de comparaison possible. Car Kaneko utilise le noir pour renforcer ses ambiances angoissantes et oppressantes, où la peur confine à la folie. Rien de tout cela pour Masato Hisa. Son encrage se veut dynamique, avec un style épuré et lisible malgré tout, perdant en détails ce qu’il gagne en vivacité. C’est très accrocheur, pour peu qu’on adhère, comme moi, à ce parti-pris. On retrouve une atmosphère de vieux polar, exacerbée par ces jeux de clair-obscurs. Un dessin inhabituel qui impressionne par sa maîtrise.Image-182

Quant à l’histoire de ce manga, il faudrait peut-être qu’à ce stade de l’article, je vous la résume. Masato Hisa nous narre les aventures mouvementées d’une détective privée, Tokuko McCoy, dans la zone la plus secrète des Etats-Unis d’Amérique. Oui, on parle bien de la zone 51 ! Ici, l’armée américaine a parqué tout ce qu’il y a de plus incongru : vampires, loups-garous, licornes, mais aussi des divinités de tout horizon, comme Zeus ou Râ. Toutes les créatures ou entité de mythes, de légendes ou d’histoires à faire peur racontées autour d’un feu de camp, toutes habitent dans le cinquante-et-unième état caché des USA, dont les villes et quartiers  sont organisées en fonction desdites créatures. Et parmi ces êtres surnaturels, une simple humaine…

En voyant un tel Gloubi-boulga, on pourrait craindre le pire. Et pourtant, les nombreuses influences qui nourrissent le récit de Hisa sont utilisées avec discernement, où il faut, quand il faut. Ainsi, ce chapitre centré sur le business lucratif des vampires voit une case entière dont les enseignes des « magasins » sont des noms tels que, entre autres, Blade ou Queen of the Damned (l’un des bouquins d’Anne Rice). Ces clins d’œil sont nombreux et de toutes sortes, même si souvent des références écrites à des œuvres que l’auteur doit apprécier. Et quand l’on voit une dizaine de titres cités en une seule case, imitant les enseignes lumineuses de magasins, bars ou boîte de nuit, cela peut parfois paraître un peu insistant, comme si le mangaka voulait absolument nous montrer à quel point il aime X-Files, Doctor Who ou encore Battlestar Galactica. Okay, il été baigné par la culture américaine, on a pigé. Heureusement, après des débuts légèrement poussifs de ce côté-là, l’auteur se calme par la suite.

Comme vous pourrez le constater à l’aide de ce post facebook issu de la page de l’éditeur français (qui aurait pu faire office de dossier bonus à l’image de ce que faisait Kana dans le temps ou Kurokawa de nos jours avec Ultraman), les références les plus récurrentes renvoient au panthéon lovecraftien. Largement présentes dans le premier chapitre (« Great Old Ones« , Arkham, Dunwich, etc.), parfois plus discrètes ou moins évidentes par la suite, il ne se passe pas un chapitre sans une œillade aguicheuse pour l’univers de Cthulhu, le dieu poulpe le plus terrifiant dans le bestiaire de H.P.Lovecraft. Le but du jeu est de toutes les repérer, sachant que certaines sont plus obscures (y a des réf’s à des nouvelles moins connues du maître, ne faisant pas forcément partie du Mythe de Cthulhu, notamment pour des noms de personnages ou de lieux). Quelques petits indices pour vous guider dans votre quête ? Simple icône d’un jeu de cartes (chapitre 2), tableau dans un bar de Little Tokyo (chapitre 3), une statue du dieu poulpe trônant au centre de la grande place d’un quartier (chapitre 5), la mention des Montagnes Hallucinées (chapitre 6), le Necronomicon qui apparaît furtivement (chapitre 11), je pourrais continuer la liste durant des heures… Et celle-ci est non exhaustive, parce qu’il faut avoir l’œil pour tout repérer. Ce serait passionnant, je n’en doute pas.Image-34

Pour l’instant, il est difficile de savoir si cela restera à l’état de gentils appels du pied ou si Hisa prévoit de réellement mettre en scène les Grands Anciens. Après tout, dans un univers qui mélange tous les folklores, religions et légendes, de manière cohérente qui plus est, cela ne serait en rien étonnant. Pour l’instant, de toutes les divinités du Mythe, Dagon, le cauchemardesque dieu vénéré par « Ceux des Profondeurs », semble le mieux parti pour une apparition future… Cela dit, dans un monde où même les dieux peuvent mourir, quelque soit leur puissance, Masato Hisa étant plus que direct, quitte à sacrifier des dieux pour le bien de son récit, je crains légèrement la funeste destinée de nos pauvres Grands Anciens.

Et c’est là le (seul) problème d’Area 51. L’auteur n’hésite pas à utiliser des figures connues pour un seul chapitre, et basta. Dans les premiers tomes, chaque nouveau chapitre introduit une nouvelle histoire et de nouveaux personnages secondaires, que l’on ne reverra pas pour la plupart, comme dans les séries américaines suivant le schéma connu du « Monster of the Week« . Cela permet à Masato Hisa d’imaginer les délires les plus improbables (j’ai des exemples en tête, mais chut, je vous laisse la surprise). Et si le bestiaire dont s’inspire le mangaka paraît inépuisable, il est dommage que peu de personnages secondaires soient récurrents, alors que le chara-design leur donne un charme fou. Heureusement, cela semble changer avec le dernier tome en date (le 3ième), où l’on revoit, avec plaisir, Del Toro et Chiron. De plus, les histoires se développent sur plusieurs chapitres, pour plus de complexités, avec une véritable trame concernant McCoy et son acolyte, et c’est tant mieux.

Pêchu et sans cesse tourné vers l’action, Area 51 est un titre qui ne prend pas de pause, jamais de temps mort, comme Tokuko McCoy. Masato Hisa a su créer une héroïne forte et débrouillarde dans un monde sans pitié aux règles inconnues. Tokuko est une détective aux méthodes bourrines. Ça passe ou ça casse. Et malgré les formes généreuses de la demoiselle, l’auteur n’use et n’abuse pas du fan-service (pour le moment). Un bon point pour lui (même si l’on pourrait chipoter en avançant que les autres persos féminins du manga sont plus dévêtus et avec des poitrines toutes aussi voire plus opulentes). A l’inverse, le partenaire de travail de McCoy, un kappa dénommé Kishirô, est un véritable boulet pour le duo de choc, jouant régulièrement le rôle du damoiseau en détresse et la détective doit donc lui sauver les miches (HASHTAG  #Misandrie).0144

Entre l’imagination débordante de son auteur et l’intrigue sous-jacente, Area 51 a de quoi plaire à un large public. Et ce, même si le graphisme adopté par le mangaka pourrait rebuter des lecteurs ou lectrices habituées à des choses plus consensuelles. A tester avant d’adopter, donc.

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16 réflexions sur « Area 51 »

  1. Ton héroïne ne change non pas de nom comme dans le manga, mais de prénom au fil de ton article :3

    Je n’ai pas compris à quel point tu as aimé : moyen ? beaucoup ? très beaucoup ?
    Et puis il y a quand même des personnages récurrents, genre Amaterasu (la meilleure). J’ai trop hâte de lire le tome 4.

    Bon, maintenant une question se pose : à quand Jabberwocky ?

    1. Pfou, je dois avouer que j’ai pas retenu son prénom et que j’ai dû vérifier dans un résumé pour voir si c’était Tokuko ou Takako. En même temps, elle est toujours appelée par son (faux) nom ! >_<

      Sinon, j'ai beaucoup beaucoup aimé (ça se voit pas ? ;_; ).

      Oui, mais je trouve que, sur le début, c'est très indépendant malgré le fil rouge, alors qu'avec tant de figures légendaires, on aurait envie de les voir et revoir plus souvent. :3

      Pour Jabberwocky, j'attends de voir si Glénat sortira sa suite ou préquel ou que sais-je (Jabberwocky 1914). Même si on a le temps d'attendre… :3

      1. Si si mais j’ai eu un doute sur le nombre de beaucoup (ça me soulage :3)

        Bah pour Jabberwocky, il s’agit d’histoires courtes à la Area 51. Le début est poussif, mais ça devient vite jouissif. Cette fois l’univers est basé sur l’Histoire (avec un grand H, t’as vu), des scientifiques, de la littérature et des putains de dinosaures !!! C’est cool.
        Et puis le meilleur moyen pour que Glénat publie cette « suite » reste que tu achètes Jabberwocky et que tu en parles ici-même (ou ailleurs)(si tu vois ce que je veux dire :3)

        1. Pff, j’ai acheté Saiyuki et Saiyuki Reload, c’est pas pour autant qu’on va avoir Saiyuki Reload Blast ou Saiyuki Gaiden, au contraire… Tu me diras « oui mais c’est Paninul ». Sauf que Kazé fait pareil avec la suite de Kids on the Slope… Et Kana a laissé tomber la suite de Prof’ Eiji et la seconde partie de Psychometrer Eiji… Donc bon, j’ai assez donné pour rien. 😦

          (sinon, naaaan, je ne vois pas ce que tu veux dire)(DU TOUT)(:3)

        2. Kana a sorti la suite de L’île de téméraire, d’Angel heart, etc. Après faut dire que personne n’a acheté Prof Eiji ou presque.

          Mais bref, Jabberwocky est tout aussi génial qu’Area 51, tu ne peux pas passer à côté !

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