La légende héroïque d’Arslân

Voici enfin venu le dernier titre de Hiromu Arakawa en France. « Enfin »… Façon de parler, puisque le manga est encore en cours au Japon et n’en est qu’à ses débuts : seulement trois tomes en deux ans de parution (publication mensuelle), avec le quatrième prévu en fin d’année. Un rythme de publication assez lent donc. C’est déjà plus rapide que le roman dont est issu cette adaptation. Commencé en 1986, neuf tomes étaient sortis en l’espace de six ans, mais depuis, le rythme a considérablement ralenti : le quatorzième tome est sorti l’année dernière… Faut pas être pressé. Alors, lassitude de l’auteur, manque d’inspiration, peur de décevoir son lectorat, incapacité à mettre un point final à cette saga ?…

Bref. The Heroic Legend of Arslân (Arslan Senki en vo) est donc une adaptation, une histoire déjà connue au Japon puisque maintes fois adaptées (OAVs, mangas, anime…). En France, Calmann-Levy avait sorti un tome 2-en-1 il y a quelques années, sans donner suite. On y suit l’histoire d’Arslân, prince héritier du royaume de Parse (inspiré de la Perse, d’où le nom). Jusqu’à ce que le cours de l’Histoire bascule et remette sa vie et son destin changé à jamais.

Le premier tome nous introduit dans l’univers inventé par Tanaka. Arslân est un bien frêle héros, peu doué de ses mains, peu agile, peu sportif, bref, pas un guerrier en devenir. Au yeux de son roi de père, il n’est qu’un avorton misérable. Et malheureusement pour Arslân, la paix est une chose fragile. Tout comme la confiance. Ce sont deux leçons qu’il va apprendre à ses dépends au cours de ce tome.

Et Hiromu Arakawa, avec son style de dessin désormais familier, ne lui épargne rien. On assiste à des batailles sanglantes où les membres et les têtes sont arrachées et volent avec grâce dans de magnifiques gerbes de sang. Depuis la fin de Fullmetal Alchemist, on s’était habitué à l’ambiance rigolote et paisible de Silver Spoon, mais la mangaka n’a rien oublié de la violence graphique dont elle use ici avec hargne pour une mise en scène prenante et haletante.

Au niveau du chara-design, c’est redondant. Beaucoup de personnages paraissent familier, plus que dans son titre agricole. On croisera ici un sosie de Mustang avec des tresses, on retrouvera là un clone de Kimblee, le sourire sadique en moins. Sans compter le héros qui doit avoir un lien de parenté avec Edward Elric lui-même. Peut-être que la Parse est un pays proche d’Amestris ?

Petit bémol : l’invasion de noms propres à l’orthographe et la prononciation hasardeuse. Entre les personnages (nombreux), les grades militaires, les villes, les pays, et mêmes les religions propres à l’univers inventé par Yoshiki Tanaka, avec leur « h » et leur accent circonflexe tout partout, il y a de quoi se perdre un tantinet. Exemple : premier chapitre, dans la capitale Ecbatâna on célèbre le retour du Roi Andragoras accompagnés des Marzbâhns Kahlahn et Qbad, victorieux contre l’ennemi Lusitanien qui vénère le terrible dieu Yalhbôth… Tout ces noms sont balancés en deux-trois pages, vite fait mal fait. Et si ces noms ont au moins leur propres particularité, ai-je mentionné le général Baudoin, à ne pas confondre avec l’archevêque au nom phonétiquement trop proche Bodin (pas encore apparu dans ce tome, mais mentionné dans les pages bonus) ? En bref, passé ce cap, la lecture devient plus fluide, mais nécessite tout de même de s’accrocher quelques instants.

Par contre, petit point intéressant que l’on pourra noter avec plaisir (ou pas, selon d’autres) : l’absence de fan-service. Dans le contexte actuels des shônens attirant le lecteur avec des gros plans sur des boobs ou des plans petite culotte, cette absence de graveleux est d’autant plus estimable. Maintenant, il faut contrebalancer cette qualité par sa principale justification : l’absence de personnages féminins. Exceptée la mère d’Arslân, vue trois-quatre pages, le casting est uniquement masculin. Pour Hiromu Arakawa qui aime créer et dessiner des femmes fortes et imposantes, ça doit être bien triste.

Concernant l’édition, Kurokawa a fait du bon boulot, comme on pouvait s’y attendre. Hiromu Arakawa est leur auteure fétiche, avec qui l’aventure dure depuis déjà 10 ans, ils ne pouvaient que bichonner cette nouvelle sortie. Résultat : on a le droit à un effet de dorure sur la couverture (c’est joli, tout comme le logo), quelques pages couleurs au début du tome (rien d’exceptionnel, mais ça permet d’avoir une version du logo sans l’effet doré), et enfin un entretien croisé entre Hiromu Arakawa, Yoshiki Tanaka et un troisième individu que personne ne connaît en France.. A noter que cette interview est en sens de lecture français, ce qui est perturbant quand les 180 pages précédents sont dans le sens japonais. Tout cela c’est uniquement pour la première édition actuellement disponible, les prochaines réimpressions en seront donc exemptées. Après, cela ne reste que des bonus loin d’être indispensables, même si appréciables. Sinon, les dessous de la couv’ ne recèlent pas de dessins comiques comme c’est l’habitude d’Arakawa, mais de petits croquis. On se contentera des deux pages de bonus pour ses 4-koma.

Ce premier tome est donc une bonne entrée en matière, mais qui doit faire ses preuves par la suite. A voir aussi si l’on reste dans le manichéisme primaire, gentil Parse contre méchant Lusitaniens. On parle d’heroic fantasy, j’ai plus vu le côté héroïque que fantasy de la chose, malheureusement. Peut-être que le côté fantastique prendra de l’ampleur par la suite (j’espère). On pourrait aussi s’inquiéter de la future fin (d’ici quelques années) puisque la saga de romans n’est pas fini. Cela dit, le septième volume constitue la fin de la 1ère partie, donc peut-être que Hiromu Arakawa s’arrêtera là (ce qui ferait une vingtaine de tomes en tout pour la version manga) ?

Le tome 2 sort pour Japan Expo (prévisible) et donc on n’aura pas trop à attendre pour voir si le récit tient ses promesses et ses ambitions.

3 réflexions sur “ La légende héroïque d’Arslân ”

  1. Je le reçois mercredi d’après Amazon, mais j’ai bien aimé l’extrait. Arakawa a enfin appris à dessiner les seins. #SexismeOrdinaire #TuL’aurasCherché

    1. Ouais, la seule femme du manga a un rôle pour le moment mineur et une plastique irréprochable. Faut dire que le matériaux d’origine accuse son âge et que l’époque n’était pas la même. A voir par la suite comment sa situation et le cast évoluent.😀

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