Games of Darkness (1)

Chapitre 1 :
Game starts !!!

« You’re dangerous
I’m lovin’ it »
Toxic, Britney Spears.

Anzu Mazaki soupira. Elle détestait devoir faire les corvées de ménage après les cours, mais c’était son tour, alors elle devait s’y conformer. Ne pas faire de vague. Ne pas se faire remarquer. Être docile. Et continuer sa vie tranquillement sans jamais être bouleversée.

Elle posa l’éponge qui servait à essuyer le tableau et s’accouda à la fenêtre. Dehors, il pleuvait comme en Normandie, même si elle ne connaissait ni cette région, ni sa réputation du côté de son temps pourri (même en été). A sa décharge, le Japon, c’est loin de la France, et si l’on prenait un lycéen français au hasard, rien ne dit qu’il serait capable de citer une région du Pays du Soleil-Levant et sa météo.

Passons.

Anzu-Manga

Anzu remarqua rapidement que quelque chose clochait, là, en bas. Malgré la pluie qui ne s’arrêtait pas, elle voyait la scène avec une clarté qui ne laissait nulle prise au doute. Plusieurs silhouettes familières entouraient une autre. L’une d’elles semblait surveiller de loin, comme si ce qui se passait ne l’intéressait guère. Pourtant, Anzu était captivée.

En effet, elle vit une femme, blonde avec un décolleté plongeant (pic de jalousie!), maintenir avec sa main gauche un étrange gant rougeâtre qu’elle avait enfilé. Elle se tenait ainsi immobile, l’air concentré, comme si elle attendait que quelque chose se passe. Et ce quelque chose arriva. D’un coup, une fumée blanchâtre s’éleva de l’objet au centre du petit groupe, objet qu’Anzu n’avait pas encore pu identifier.

Au centre de la fumée se trouvait une ombre noire. Anzu ouvrit la fenêtre et se pencha par-dessus bord, prenant le risque d’être vue par le petit groupe en contrebas. Mais sa curiosité l’emportait sur la prudence.

L’ombre ressemblait à une sorte de boule de poils, lui évoquant vaguement l’un de ces montres qui se trouvait dans ce jeu de cartes à la mode, Magic & Wizards, ou un truc du genre. Elle ne savait plus trop. Ces gens semblaient avoir réussir à rendre réelle une créature imaginaire ! Cela était complètement dingue. Anzu n’en revenait pas. Elle devait rêver.

Mais cela était bien la réalité. Soudainement, dans un « pop » incongru, la créature disparut, retournant dans les sombres univers insondables d’où elle venait. L’équipe parut déçue par ce contrecoup, et commença à ranger le matériel disposé çà et là. Le gant retrouva son écrin si douillet.

Alors qu’Anzu s’apprêtait elle aussi à partir – il était largement temps de rentrer avant que ses parents ne s’inquiètent inutilement, elle sentit un regard peser lourdement sur elle. Ses yeux croisèrent ceux du mystérieux surveillant, sûrement le chef du groupe. Un type à la coiffure improbable et à la stature imposante, malgré la faible carrure et la (disons-le sans honte) petite taille.

Et il l’avait vue. Aussitôt, elle se baissa à couvert, le cœur battant la chamade. Elle avait agi par réflexe, un peu bêtement, puisque, à vrai dire, elle n’était pas en tort. Elle avait le droit de regarder ce qui se déroulait dans la cour de son lycée ! Mais ce rituel quasi-magique avait un goût d’interdit, aussi elle se disait que les témoins gênants pouvaient être sujets à menace. De mort, évidemment. Et elle était trop jeune pour mourir. Elle n’avait même pas encore connu l’amour, le Grand Amour avec des majuscules, comme elle en lisait tant dans ses shôjo préférés.

Sans même un dernier coup d’œil, sans même ranger son matériel à ménage, elle courut dans les couloirs du lycée, désormais vide depuis quelques heures, et se précipita dans la cour. Vide. Devant le portail, une grosse cylindrée noire démarra en trombe. C’était un beau cliché de film d’espionnage. Anzu regarda la voiture filer au loin, sous la pluie à verse, n’ayant aucun moyen de la suivre. Le mystère sur ce groupe restait entier…

***

La vie est faite de hasard. Et, parfois, ces coïncidences arrivent sans même prévenir. Quelle impolitesse. On ne les a pas élevées comme ça, ah ça, non.

Pour être plus juste, Anzu avait un indice de taille. La créature aperçue provenait d’un jeu de cartes, donc la logique la poussait à investiguer les magasins de jeu. Tel que ce Game face à elle, même si la façade ne payait pas de mine. Il semblait qu’un autre magasin allait ouvrir prochainement dans le même quartier, mais pour l’instant, ce n’était pas vraiment ce qui la préoccupait.

La lycéenne entra dans la boutique, faisant tinter la petite clochette. Aussitôt, un vieux monsieur se présenta à elle.

– Vous désirez ? demanda-t-il, courtois, même si son regard semblait plus s’intéresser à la poitrine de la demoiselle qu’à son visage.
– Euh, je… Rien de précis…
– Peut-être puis-je vous aider, si c’est pour offrir à une connaissance, proposa papy Sugoroku.
– Euh, non, non, ça va aller, vraiment…

Anzu ne savait vraiment pas comment s’en dépatouiller. Le vieil homme était collant, pire qu’une moule incrustée à son rocher. Pourtant, si elle voulait fouiller les recoins de la petite boutique, il allait bien falloir qu’elle eût recourt à un mensonge, vilain mensonge, voire, pire, à la violence physique. Elle, l’innocente et fragile jeune fille, contre le vieillard pervers.

Ce qu’elle ne savait pas, c’était qu’elle était sous surveillance. Depuis qu’elle avait été vue, depuis qu’elle les avait vus. Son arrivée ici n’était pas une surprise, loin de là. Aussi Sugoroku savait pertinemment les véritables raisons de sa présence. Et il devait tout faire pour la garder le plus longtemps possible. Le temps que Yûgi ou son double revînt de sa mission.

Car le petit Yûgi, malin, avait des vues sur la jeune femme, chose que sa timidité maladive ne lui permettait pas d’avouer. Mais il comptait bien la recruter pour son équipe de choc. Et pour ce faire, il espérait pouvoir la convaincre, avec l’aide inespérée de la confiance, l’assurance et le charisme inébranlables de son double. Certes, il resterait dans l’ombre de son alter ego, mais le coût en valait largement la peine, de son point de vue.

Mais pour le moment, on n’en était point là. Anzu était toujours dans son enquête, se voyant comme une inspectrice de roman policier, alors que ce n’était réellement pas ses déductions qui l’avaient menée là. Elle avait été guidée, manipulée telle une marionnette, par celui ou ceux qui la désiraient.

Pourtant, la lycéenne était troublée. Ce magasin était normal. Elle ne lui trouvait rien de suspect. Aucun objet bizarre dans les rayons, pas de porte secrète de découverte, et mis à part le gérant, tout semblait normal. Alors elle repartit, un brin déçue.

Ce fut sur le chemin du retour que l’idée de génie traversa son esprit. La coiffure de cet homme ! Elle lui rappelait celle, tout aussi étrange, de l’homme qu’elle avait aperçu la veille. Et s’ils étaient reliés par un quelconque lien de parenté ? Elle devait en avoir le cœur net. En recherchant sur le net, elle trouva le nom du propriétaire du magasin. Et grâce à la magie de facebook (marque déposée), de fil en aiguille, elle put se remplir un dossier complet d’informations non confidentielles. Et donc sûrement obsolètes. Mais tant pis, cela la motivait dans son enquête.

Son plan était fin prêt. Le soir même, elle retourna à la boutique avec une pizza, qu’elle avait commandée pour elle à l’origine, et sonna, puisque c’était fermé. Ce fut, comme elle s’en doutait, Sugoroku Muto qui lui ouvrit.

– J’ai, euh, une pizza pour monsieur Mutô… hésita-t-elle… Yûgi.
– Entrez donc, l’accueilli le vieil homme. Puis prenez la porte de service…

Anzu lui jeta un coup d’œil, hésitante. Mais son expression impassible ne laissait rien paraître. Elle n’arrivait pas à deviner ce qu’il avait en tête. Il était suspect, mais puisque cela l’avantageait dans son investigation, elle passa outre et ouvrit cette fameuse porte. Et ce fut un nouveau monde qui s’offrit à ses yeux ébahis.

Du moins, après avoir attendu que l’ascenseur finît sa descente. Devant elle s’étendait une large pièce circulaire, bien plus vaste que le petit magasin qui lui servait d’entrée secrète. Une longue colonne centrale semblait percer le plafond. Un liquide transparent en coulait continuellement, se versant dans des rigoles qui emmenaient toute cette eau vers les évacuations, supposa-t-elle. Elle se demanda aussi qui possédait les ressources suffisantes pour payer une telle facture d’eau.

Des fils électriques, des tuyaux et des poutres apparaissaient à divers endroits, dans un ensemble anarchique. On aurait dit un sous-sol abandonné, s’il n’y avait pas eu tant d’agitations. A sa droite, un brun avec un bandeau bigarré retenant quelques cheveux indisciplinés et une boucle d’oreille en forme de dé tapotait un clavier et surveillait une dizaine de moniteurs. Un peu plus loin, sur une autre plate-forme, se trouvait la blonde à la tenue sexy. Elle semblait encore travailler sur le gant. Un sourire apparut furtivement sur son visage lorsqu’elle vit Anzu.

Un grand blond s’approcha d’elle, une tasse de café dans chaque main. Elle s’aperçut qu’il portait l’uniforme du lycée Domino.

– Ne le fais pas attendre, fit-il en lui montrant un espace se trouvant derrière une vitre, entouré de plantes vertes et situé un peu en hauteur ; on pouvait certainement y voir l’ensemble du souterrain de là.

Anzu hocha la tête. Elle pouvait y aller seule. De toute façon, il ne semblait pas incliné à l’y emmener. Elle trouvait ces gens bizarres. Ils paraissaient l’ignorer délibérément. Un quatrième larron, aux cheveux ras du crâne, mimait assez mal la concentration pour être honnête. La jeune femme sentait que quelque chose clochait. Sa couverture était-elle grillé ?

– Je ne peux pas, désolé, je ne tiens plus ! s’esclaffa l’homme au bandeau.
– Oh !
– Eh ben, ce fut bref, siffla la blonde.
– Mais elle apporte vraiment une pizza ! s’excusa le premier.

Le chef du groupe descendait les escalier, alors qu’Anzu restait pétrifiée, se demandant à quelle sauce elle allait être mangée. Son déguisement avait été mis à jour. Elle était foutue, plongée ainsi dans la gueule du loup !

L’homme qui s’avançait vers elle avait la coiffure la plus bizarre jamais imaginée, faite de rouge, de noir et de jaune, ainsi qu’un goût vestimentaire pour le moins étonnant, tout en cuir et brillance, que ce soit bracelets ou collier. Côté bijoux, l’énorme pendentif de type égyptien ne pouvait qu’attirer le regard. Bref, il avait l’air d’être un sacré personnage. Et Anzu n’avait pas du tout envie de lui chercher des ennuis. Au contraire. Elle n’avait qu’une envie, désormais, c’était de partir.

D-090 Ba bling

– Euh, voici votre pizza, fit-elle, penaude.
– On n’en est plus là, répliqua l’autre Yûgi.
– Je vous ai vu. Hier soir.
– Nous aussi, répondit la blonde en la fixant droit dans les yeux.
– Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? Qui êtes-vous ? demanda Anzu à l’homme qui se tenait en face d’elle, et ce même si elle devait baisser le regard pour s’adresser à lui, ce qui était inhabituel.
– Fameginkgo.
– Quoi ? C’est quoi ça, Fameginkgo ?
– C’est tout ça, fit-il en montrant la place. C’est nous.
– Ah. Super. Mais c’est quoi Fameginkgo, exactement ? C’est quoi cet endroit ? Qui êtes vous ?

L’autre Yûgi sourit. Un sourire se voulant rassurant, mais Anzu restait méfiante.

– Allons faire un tour, proposa-t-il.

Et sans plus attendre, il s’éloigna. Anzu resta plantée là, hésitante. Était-ce un piège ?

– Suis-le.

C’était la blonde. Anzu la dévisagea. Les bras croisés sous sa poitrine, sûrement pour la mettre encore plus en évidence qu’elle ne l’était déjà, son expression sévère énervait déjà la jeune lycéenne. Mais face à cette injonction, elle obéit.

Soudainement, une chose étrange tomba du ciel, en plein sur elle, avant de remonter brusquement, vif comme l’éclair. Anzu eût à peine le temps de se baisser pour éviter le choc.

– Qu’est-ce que c’est que ça ?
– Mon Dragon Noir aux Yeux Rouges, répondit le jeune homme aux tasses de café, l’air blasé.

La jeune femme releva la tête, regardant le lézard volant s’éloigner vers le plafond, loin au-dessus d’elle. Elle ne comprenait rien à ce qui se passait. Ce devait être un rêve. Ou pire, un cauchemar.

Le reste de la visite se fit dans l’incrédulité la plus totale. L’autre Yûgi lui montra à peu près tout, de son bureau bien rangé à la salle de pause, en passant par les cachots glauques et humides. Enfin, ils revinrent au niveau principal, et il se décida à faire les présentations :

– Nos experts en informatique, Hiroto Honda et Otogi Ryûji. L’un s’occupe de tous ce qui est hackage et bidouillage, tandis que l’autre surveille les MMORPG et toute sorte de jeux online. D’où sa présence quasi-continue sur Facebook. Il semblerait qu’il y ait quelque chose d’anormal dans Candy Crush Saga.

Les deux hommes la saluèrent, relevant un instant la tête de leurs ordinateurs. La blonde s’était rapprochée d’eux.

– Et voici la ravissante Kujaku Maï, qui me seconde dans mes tâches. Et pour terminer, l’homme au café, Jôno-Uchi Katsuya.
– Puisque l’on parle de café, celui-ci est froid, fit-il en tendant la tasse qu’il avait gardé durant tout ce temps.

L’autre Yûgi prit le café et le savoura, même trop froid, c’était bon.

– Mais pourquoi me dites-vous leur nom ? voulu savoir Anzu. Je ne suis pas supposée connaître tout ça, n’est-ce pas ? C’est, genre, secret ? Non ?
– Pire que ça.
– Alors vous ne devriez rien me dire. Que comptez-vous faire de moi ?
– Bon, bon, ok. Honda, Otogi, vous pouvez partir, vous finirez demain, ou plus tard, c’est pas pressé. Maï, finis ton rapport sur le gant, et n’oublie pas d’y inclure le coût de la recherche. Jôno, tu peux aider Sugoroku à nourrir ton dragon. Quant à toi (il se tourna vers Anzu), tu viens avec moi.
– Non.
– Quoi ? s’insurgea le chef de Fameginkgo.
– J’en ai marre de vous suivre.
– Tu peux me tutoyer. Et crois-moi, non, tu ne te lasseras jamais…
– J’aimerais savoir ce que vous faisiez là-bas… A quoi sert Fameginkgo…
– On testait le gant, répondit l’autre Yûgi. Il ne fonctionne que sur des cartes récentes, fraîchement utilisées lors d’un duel. Plus le duel est intense, plus l’Incarnation est puissante.
– Mais d’où vient ce genre de technologie ? continua Anzu. Pourquoi aurait-on besoin d’une agence secrète ici, à Domino, trou paumé au milieu du Japon ?
– Première question : KaibaCorp. Même si ça nous a tous surpris, dans l’équipe, il semble qu’ils aient effectué d’incroyable progrès technologiques. Honda travaille sur ce dossier. Deuxième question : une Faille spatio-temporelle traverse la ville. Et beaucoup de choses glissent à travers cette faille jusqu’à notre monde. Fameginkgo est là pour préparer l’Humanité à faire face aux futurs changements apportés par la Faille.
– Woaw, ironisa Anzu. Quelle fabuleuse mission.
– Intéressée ?
– Pas vraiment.
– Tu devrais y réfléchir. Pas de CV, ni de lettre de motivation demandées, un salaire plus que correct, de quoi largement satisfaire à tes besoins de lycéennes. C’est d’ailleurs ce qui a motivé Jôno-Uchi. L’argent.

Anzu leva les yeux au ciel. Comme si elle était vénale. Bon, c’est vrai qu’elle aurait aimé pouvoir voir plus de chiffres sur son compte en banque, mais elle n’était pas pauvre au point de prendre n’importe quel boulot. La preuve, elle était serveuse dans le fast-food du coin.

– Pense à tes rêves, continua l’autre Yûgi.

Elle baissa les yeux vers lui. Oui, c’était vrai. Ses rêves. Elle qui voulait partir à New York et devenir une danseuse professionnelle. Monter sur les planches de Broadway. Être célèbre.

Elle soupira :

– Bon. D’accord. On va bien voir ce que ça donne.

Il lui tendit la main, qu’elle serra, officialisant ce contrat oral.

– Capitaine Yûgi Mûto, pour vous servir.

***************************

Voilà donc le premier chapitre de mon Nanotruc. Si vous avez survécu jusque-là, félicitations ! Y en a encore…

Comme vous le voyez, ce premier chapitre s’inspire grandement de l’épisode pilote de Torchwood, avec plein de références pas discrètes et une Anzu « Gwen » Mazaki que j’espère moins chiante que son modèle télévisuel. Par la suite, on ira plus dans l’univers de Kazuki Takahashi, promis.

Celui qui devine l’origine du mot Fameginkgo gagne un câlin virtuel. Indice « Doctor Who » = « Torchwood ».

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