20th Century Boys


Titre :
20th Century Boys
Auteur : Naoki Urasawa
Éditeur japonais : Shogakukan
Éditeur français : Panini
Nombre de tomes : 24 (21st Century Boys inclus)

Résumé :

Début des années 70 : Kenji et sa bande d’amis inventent une histoire de science-fiction sur la fin du monde à l’aube du nouveau millénaire. C’est les vacances, il fait beau, faut bien s’occuper.

1997 : Alors que l’histoire écrite durant son enfance semble se réaliser, Kenji découvre qu’un mystérieux groupuscule utilise le logo qu’il a inventé. Pourtant, il ne réclamera pas de droits d’auteur.

Avis pas du tout rempli de mauvaise foi. Pas du tout.

Le thriller de Naoki Urasawa commence bien, très bien même, avec une recette efficace et superbement appliquée, même si les rouages se devinent parfois trop facilement. En mêlant habilement passé et présent, souvenirs et réalité, Naoki Urasawa impose un style et une saveur unique à son manga, bourré de références (surtout musicales).

Rapidement, on en vient à la question primordiale, celle qui fera l’identité du manga : qui est Ami, le gourou de cette secte ?

Ce devrait, forcément, être l’un des amis de Kenji. Forcément. Mais Naoki Urasawa brouille les piste et joue habilement avec ses flash-back pour apporter des réponses, tournant autour du pot sans jamais flancher à sa tâche : garder ce mystère intact pour la grand final (ou presque, comme on le verra par la suite).

Ainsi, si Ami perd son masque et que Kenji découvre qui est Ami, nous, pauvre lecteur, devrons nous contenter du visage ahuri de Kenji ! Quelle frustration !

Mais qu’importe, le récit continue, on se dit qu’on aura la chance plus tard d’avoir LA réponse. Et ce, malgré les nombreux récits parallèles, que ce soit dans le passé ou le présent. Voire même, le futur. Naoki Urasawa excelle dans l’art d’en rajouter. D’une simple question (mais qui a détruit notre base secrète ?) peut surgir un chapitre entier. Ou deux. Un personnage secondaire peut être sur les devant de la scène pendant plusieurs chapitres d’affilés avant que l’on retourne au récit principal. Et même si tout est lié, il y a de quoi être perdu, de temps en temps.

Si le but du manga aurait pu être d’éviter les catastrophes écrites dans le livre de prédictions, on se rend rapidement compte que l’histoire nous emmène dans une toute autre direction. En effet, l’auteur installe rapidement des pistes sur un futur plus éloigné, par bribes au début, puis par pages et chapitres entiers. Mais alors que Kenji et sa bande accordaient une importance toute particulière à cette fin du monde, vaut-il le coup de continuer après ? On peut se poser la question.

Car pour redémarrer son manga, Urasawa est obligé d’introduire de nouveaux personnages (encore !), et d’expliciter la situation des anciens. En 14 ans, il s’en passe des choses. Personnellement, c’est à partir de là que j’ai commencé à lâcher prise.

Surtout avec cette histoire d’Ami-Land. Et d’Ami-World. Un parc d’attraction censé apprendre ce qui s’est passé lors du grand bain de sang de l’an 2000, selon Ami et son parti de l’Amitié. Mais sous couvert d’amusements, y sont en fait envoyés des gens récalcitrants à la doctrine prônée.

Koizumi, lycéenne sans aucun rapport avec le reste (au départ), y est donc emmenée de force, et elle va tout faire pour parvenir à un niveau bonus, qui recèlerait le secret de l’identité d’Ami. Et en effet, il s’agit d’une reconstitution virtuelle du passé, et Koizumi pourrait rencontrer Ami version enfant ! Ce qui confirme qu’Ami, le type qui veut à tout prix garder secret son nom, est un parfait crétin. Faire un lavage de cerveau en montrant les aventures de la bande à Kenji ? Vachement crédible…

Surtout que, désormais, Koizumi connaît le visage d’Ami. Et pour une fois, la réponse arrive un tome plus tard, ce qui est extrêmement rapide pour ce manga. On sait donc l’identité d’Ami. Enfin… Est-ce vraiment lui ? Ou une doublure ? Un robot ? Un clone ?

Evidemment, on se doute rapidement que ça ne peut être lui. Trop rapide, trop précoce. Et Koizumi, en enquêtant, démêle la vérité, et se retrouve piégée. Et là, rebelote, elle voit le VRAI visage d’Ami (en photo, cette fois-ci). Même procédé pour Urasawa, à savoir, un gros plan sur le visage sidéré/horrifié/surpris du spectateur (ici, spectatrice) involontaire. Mais puisque nous, pauvres lecteurs, ne verrons rien du visage révélé, c’est que ça doit être bien lui, cette fois.

Mais ce n’est pas tout. Car la menace de l’an 2000 est passée, loin derrière nous, et il n’y a plus de grande terreur. Si l’on sent qu’il se passe quelque chose en coulisse, on a rien de probant. Jusqu’à ce qu’Urasawa nous sorte un nouveau cahier de prédictions. Ah, tiens. Comme c’est pratique, ça.

Yoshitsune dit ne rien comprendre à ce nouveau cahier, et il en est de même pour le lecteur. Il faudra beaucoup d’allers-retours entre présent, passé, futur pour comprendre et redonner une logique à ce nouveau foutoir. Jusqu’à ce que toutes les pistes se mélangent et mènent à une certaine salle de biologie, à un vieux mensonge d’au moins 40 ans. A l’identité d’Ami. Du vrai Ami.

Et pourtant, il reste une bonne dizaine de tomes. Comment les remplir ? Le nouveau cahier de prédictions n’a pas rempli ses promesses que déjà, le soufflet retombe ? Impossible !

Eh oui, il reste quelques mystères : le devenir de Kenji depuis l’an 2000 (mort ? pas mort ?), la réalité (ou non) des pouvoir de Kanna, la réapparition prévue de sa mère, le plan concernant la mort programmée du pape et la fin du monde pour 2015… De quoi repartir sur de bonnes bases, maintenant que la vérité sur Ami est dévoilée. Les flash-backs intempestifs devraient se raréfier…

Erreur ! Il y en a encore, et pire que ça, Urasawa se sert de nouveau du simulateur virtuel d’Ami-Land pour nous ramener en arrière. J’en reviens toujours pas. Avoir créé un truc qui révèle ton identité quand tu veux la cacher au monde entier, c’est d’une logique qui me dépasse complètement.

Mais bon, passons. L’histoire ne s’arrête pas là. Rapidement, des soupçons se portent sur le retour d’Ami sur le devant de la scène. Alors que le problème semblait réglé définitivement, de la plus fatale des façons. Cependant, après ce passage (dans le passé, évidemment !) où l’on découvre ces talents pour mourir et revivre, quoi d’étonnant à ce qu’il échappât de nouveau à son destin ? Et ce retour arrive, dans une mise en scène incroyable (pour ça, il a du talent, Urasawa, on ne peut clairement pas lui faire ce reproche !).

Et le plan continue, alors que la bande à Kenji reste impuissante, comme toujours. Ami est un bon metteur en scène, et tire profit de tout, mais lorsque la situation semble lui échapper. Quel charisme !

Note sur l’édition, avant de poursuivre. Le tome 15 se finit sur un étrange chapitre de trois pages (?) précisant « tome 16-début ». Une façon de faire une sorte de preview ?

Cette bizarrerie mise de côté, on repart une nouvelle fois sur de nouvelles bases après cette ellipse temporelle. Trois ans d’écoulés. Une nouvelle fois, tous les protagonistes sont séparés, comme s’ils n’avaient pas pu garder contact après la venue du pape. Comme c’est pratique, tiens.

On recommence donc, à suivre ce nouveau présent, le passé lointain (1970) et plus proche (un à deux ans avant). Encore des allées et venues incessantes, pour boucher les trous et essayer de régler les dernières incohérences possibles. Urasawa a un don inouï pou retomber sur ses pattes.

Et alors que la fin approche, il continue de nous sortir de nouveaux amis d’enfance de Kenji, jamais vu auparavant, et qui voient leur existence justifiée par un pauvre flash-back inutile sans rapport avec le récit principal (on joue à cache-cache ? xd mdr ptdr kikoolol).

Et puis la fin arrive, en fanfare, crescendo, Urasawa fait monter la pression avec plein d’évènements simultanés, et pouf ! pétard mouillé. La fin n’a pas le panache qu’elle aurait pu avoir, on n’apprend rien sur notre nouvel ami, et les trois dernières pages laissent penser à une suite…

Parce qu’il y en a une. Forcé d’interrompre la publication de 20th (maladie, je ne sais plus quoi exactement mais ça peut se trouver sur le net), il reprend la série quelques mois plus tard, mais sous un nouveau nom. Pour seulement deux tomes, c’est un peu bête, mais bon. 21st Century Boys reprend donc là où s’arrête le tome 22, mais détaille plus longuement la succession précipitée des évènements des deux/trois derniers chapitres de 20th. Quitte à utiliser le concept de retour en arrière, autant l’user jusqu’au bout.

Cependant, on a un autre problème. On sait que la menace bactériologique est caduque puisque tous a été réglé dans 20th. Malgré le mystère entourant l’autre ami, il n’y a plus aucune tension narrative. Urasawa revient donc sur l’un des plus récents flash-back de 20th pour nous donner une réponse : la dernière prédiction du nouveau cahier. La der des der, cette fois.

Et il s’agit encore d’une fin du monde. Ben oui, on ne change pas une recette qui marche.

Pour empêcher cet ultime danger, il faudra retourner dans le passé. Par l’intermédiaire de la réalité virtuelle d’Ami-Land. Encore et toujours.

Quant au nom de cet ami oublié, il ne dira pas grand chose aux lecteurs, à moins d’avoir fait une liste de tous les personnages cités durant les flash-back. Seul moyen de comprendre qui est ce petit garçon devenu précurseur de la fin du monde par vengeance. Comme quoi, y a des rancoeurs personnelles qui feraient mieux d’être réglée en petit comité, et le plus tôt possible.

On pourra cependant saluer la franchise des deux mangaka (fictifs) qui se demandent comment finir leur manga, reflets de la pensée (réelle) d’Urasawa. Au moins ça aura le mérite d’être clair.

10 réflexions sur “ 20th Century Boys ”

  1. 20th Century Boys, c’est la meilleure fiction de tous les temps.

    Sérieusement, tu reproches à la série :

    – d’avoir des retournements tirés par les cheveux (question de point de vue, DGM est champion dans cette catégorie)
    – de se perdre dans les allés-retour dans le temps (moi, j’appelle ça une construction ambitieuse et bien foutue, d’autant plus que les nouveaux amis de Kenji apparaissant loin dans l’histoire étaient déjà prévus dès le début de l’histoire, puisqu’ils sont cités dès le tome un)
    – d’avoir une fin contestable. T’es pas le seul à penser ça. Pourtant, c’est clair dans ma tête (!!!!spoil!!!! second ami = un certain copain de classe de Kenji dont on ignorera le visage. Bon, après tout, qu’importe son visage. Ses motivations ? Se venger, certes. Est-ce puéril ? Oui, mais c’était un enfant.).

    Voilà voilà. Je préfère quand tu parles de Yu-Gi-Oh ! ^______^

    1. Moi aussi, je préfère parler de Yu-Gi-Oh, mais je viens de relire les 20th, donc j’ai écris mes impressions au fur et à mesure de mon avancée. Avec une relecture finale pour homogénéiser le tout.

      Pour les retournements tirés par les cheveux, ça ne se voit peut-être pas en lisant l’article, mais j’en ai apprécié certains, quand même. ^^
      Le problème de 20th, c’est que l’auteur l’encadre dans un environnement réaliste de par les nombreuses références à des oeuvres culturelles ou à des institutions/personnes réelles. 20th, ça se veut sérieux. On parle de fin du monde avec des armes bactériologiques, des attentats, des morts, des complots…
      DGM, c’est du shônen fantastique, avec des démons et des exorcistes; ça n’a pas du tout la même prétention (encore heureux).

      Les allers-retours, c’est bien quand ils sont clairs et utiles, ce qui n’est pas toujours le cas. Faut avouer que l’auteur en abuse clairement et qu’il abuse aussi des sauts dans le temps (genre, après la venue du pape au Japon). Et que le gros reproche (de ma part) se fait au niveau d’Ami-Land, l’invention la plus débile du manga (et qui servira pour résoudre tous les problèmes de cohérence : solution de facilité).

      Pour la fin, c’est surtout la façon maladroite de l’amener, dans une nouvelle série de conclusion, avec une menace de dernière minute, comme si cela ne suffisait pas.

      Et le problème du second Ami, c’est qu’il s’agit d’un enfant qu’on ne voit très peu, à peine mentionné, et qu’on ne pensait pas revoir du tout, encore moins ici. D’un côté, c’est bien joué car inattendu (et ça remet en question ce qu’on croyait savoir), d’un autre, c’est décevant, car on ne pouvait que perdre au jeu de la devinette…

      Et puis, faut pas croire, mais j’ai aimé 20th. Je ne dirais pas Best Manga Ever, mais ce fut une bonne lecture. Même si on sent bien les rouages quand on lit les 24 tomes d’un coup (ou presque). ^^ »

      1. Effectivement, on ne pouvait que perdre quand on cherchait qui est Ami. Mais j’ai envie de dite : tant mieux, on en a pour notre fric ! J’attends pas d’un scénario de le voir arriver plus ou moins gros comme une maison, il faut que je me dise « bon sang, j’y avais pas pensé, mais ça se tient ». Et c’est le cas avec 20th. Les évènements précipités de 21st, ils se justifient de mon point de vue du fait que sa pause ayant été longue et le mécontentement des fan ayant été grand, il fallait pas que la fin se fasse trop calmement. Il fallait remotiver les foules à offrir une seconde chance à la série, et donc offrir quelques cliffanger.

        Quant à tes remarques sur la réalité virtuelle et le réalisme, j’ai envie de dire que c’est la remarque d’un non-fan. C’est pas un reproche dans l’absolu, c’est une remarque qu’on peut se faire et qui peut être discutée. Pour ma part, quand je passe outre cet argument, je regarde ce qu’il y a autour, et c’est plutôt excellent quand même.

        C’est vrai qu’après Monster, on attendait d’Urasawa un certain réalisme, surtout que le début de 20th le laissait supposer. Mais je trouve qu’on perd en anxiété (Monster est vraiment étouffant comme manga, il faut être dans un certain état d’esprit pour lire la série), et on gagne en fantaisie. Moi ça me va. J’ai du mal à imaginer qu’Urasawa puisse sortir une série plus énorme que 20th Il essaie avec Billy bat, mais j’ai un peu de mal à y croire…

        1. Ce que tu dis sur 21st se tient, mais c’est dommage que ça fasse surenchérir…

          Pour Ami, j’aurais aimé me dire « j’aurais dû y pensais » et pas « j’y aurais jamais pensé ! ». Nuance fine et subtile, mais néanmoins importante. Enfin, l’important, c’est qu’Urasawa m’ait surpris.

          Quant à la réalité virtuelle, fan ou pas fan, c’est pour moi le gros point noir de l’oeuvre, tant ça ne colle pas avec la personnalité d’Ami. Après, il est vrai que c’est bien amené, que ça permet d’amener des réponses (et des questions aussi, très souvent); mais j’ai trouvé ça trop facile. Et étrange. Envoyer les opposants au régime d’Ami dans un endroit où ils peuvent essayer de deviner son identité ? Ô_o

          Pour ma part, je préfère Monster à 20th. =)

          Et j’ai pas encore essayé Billy Bat, mais j’ai espoir que mon frère s’y mette…

  2. Ça s’écrit « mauvaise foi » imbécile patenté. Arrête de lire l’odieux connard.

    Et les deux mangakas s’interrogent sur le devenir d’un héros une fois qu’il a sauvé le monde. Quelle est alors sa destiné ? A quoi sert-il ? Peut-il vraiment se ranger des bécanes ?
    Rien à voir avec le fait de savoir comment conclure une histoire qui dépasserait son auteur.

    Parce que 20th reste bien foutu. On peut ne pas comprendre la logique d’Ami mais ça n’est pas parce qu’un personnage semble agir de manière irrationnelle que le manga lui-même l’est.

    1. J’ai le droit de faire des fautes d’orthographe sans que quelqu’un d’autre en soit responsable…

      Et non, ils s’interrogent vraiment sur la fin de leur manga, ce qui les pousse ensuite à blablater sur l’avenir d’un héros. C’est justement parce qu’ils ne savent pas exactement à quel moment ils peuvent arrêter, à quel moment cela deviendrait inintéressant de continuer, qu’ils traitent du futur possible d’un tel personnage.

  3. L’intérêt de leur discussion réside moins dans la question du final d’une histoire que de celle du devenir d’un héros une fois son job accompli justement.

    Aucun lien entre ta faute et l’odieux connard, c’est juste que je trouvais que le ton de ton article se reprochait de ceux de ce dernier.

    1. L’un n’allant pas sans l’autre, j’estime que l’intérêt est dans l’ensemble de la discussion, mais je n’ai gardé que le nécessaire (plus précisément, que ce qui m’intéressait) pour cet article.

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