[Test aveugle] Yotsuba & !

Yotsuba est un seinen édité par Kurokawa dans nos vertes contrées. L’histoire est de prime abord fort simple. C’est celle d’un honnête homme qui élève une jeune enfant, un peu espiègle, mais tellement adorable ! Du moins, au début…

Yotsuba est prête à détruire le monde juste pour une glace !

Je reviendrais dans la suite de l’article sur ces points de suspensions bien mystérieux, mais développons tout d’abord l’un des thèmes fortement mitraillé dans la première partie du manga, celui de la Famille. Avec un beau F majuscule.


Car si l’auteur prend le parti-pris de se centrer sur une narration de la vie quotidienne de la fillette, au jour le jour et sans trop de surprises, on remarque facilement qu’il évoque délibérément la difficulté de la construction psychologique de la personnalité de l’enfant sans repère familiaux normaux.
En effet, Yotsuba est une enfant perturbée par son manque d’attache, son manque de « racines ». Elle n’a qu’un père, seul, pour s’occuper d’elle. Et c’est tout. Quid de sa mère ? Rien, niet, nada. Elle ne sait rien de ses origines, et c’est dans un aveu attristant qu’elle avoue, à la limite d’arracher des larmes aux lecteurs, qu’elle vient d’un pays « à gauche », preuve incontestée, s’il en fallait, que Yotsuba a été lâchée dans notre monde sans le moindre repère, perdue, sans boussole pour la guider.

Et s’il n’y avait que ça. Non, la suite est encore pire… Pire, quand l’on découvre son père, un triste individu nommé Koiwai…

Eh oui, son père, habitué à se promener en caleçon dans la maison, lui apporte qu’une éducation partielle à base de « va t’amuser chez les voisines, ce sera mieux qu’ici ». On découvre alors que la seule famille que la pauvre petite a, famille adoptive peut-être (et sûrement, comme le montrera la suite), si l’on se fie aux indices et rumeurs dispersées le long des pages de ce décidément très énigmatique manga, sa seule famille la néglige totalement.
Si bien, qu’effectivement, Yotsuba est obligée de chercher un confort auprès des voisines, dont la mère devient alors pour elle le substitut maternel remplaçant une mère qu’elle n’a pas, ne connaît pas et ne verra sûrement jamais. Une bien triste histoire, tout ça.
C’est par ces indices, discrets mais de plus en plus abondant avec les chapitres, que l’on découvre la vérité sur la relation Yotsuba-Koiwai. Une relation qui, si elle semble juste celle fille-papounet au début, montre rapidement ses limites, face au laxisme exagéré de Koiwai.

Lors d’une banale fête d’été, la situation tourne rapidement au drame. Ce qui aurait pu être un des plus beaux jours de la courte vie de la fillette devient en quelques secondes un cauchemar éveillé quand, Koiwai, que ce soit par lâcheté ou par la conscience du rôle qu’il joue, tente de perdre l’enfant au milieu de la foule.
« Si tu te perds, tu ne me reverra plus, compris ? » (pour la traduction française). Ce sont ses propres mots, d’une cruauté sans nulle autre pareille pour un enfant de cet âge.
Dès lors, on entre dans une phase que l’on pourrait qualifier d’initiatique pour Yotsuba, où notre fillette trouvera la force et le courage enfouis en elle pour surpasser cette épreuve et survivre, seule, dans un monde cruel, sauvage et foncièrement urbain. On la savait capable d’une violence surprenante, que l’on pouvait deviner issue de son manque d’éducation, sans limite définie par son père, démissionnaire. Il suffit de voir les rares scènes, insoutenables, la montrant agresser YandaAsagi, deux charmantes personnes qui auront eu pour seul tort leur volonté d’aider la fillette, voire même un pauvre nounours
Mais suite à cet abandon, entre elle et son « père », c’est la guerre (une fois qu’elle l’a retrouvé, bien entendu).

Connaissant les faiblesses de son père (et particulièrement sa peur de la noyade, car il ne sait pas nager), elle tente ainsi de le couler d’un air innocent, genre, petit jeu entre amis. Mais personne n’est dupe. La tension, qui montait crescendo depuis quelques tomes déjà, culmine lors de cette scène d’une intensité IN-SOU-TE-NA-BLE ! Pour préserver la sensibilité de mes lecteurs, je ne décrirais pas en détail l’horreur de ce chapitre. Une bonne trentaine de page de suspens et d’effroi, face à cet acte qui aura des conséquences catastrophiques.

En effet, trop, c’est trop. Malgré son apparence calme, Koiwai révèle à cet instant, aux abords de la mort, sa véritable nature, et tous les efforts qu’il a fait pour l’élever (du moins, quand il n’était pas occuper à trouver un stratagème pour la tuer, évidemment). Et le secret terrible est dévoilé au lecteur…

Eh oui, Yotsuba, d’allure si humaine, est en fait une démone venue des Enfers pour détruire la race humaine, et d’abord et surtout, se venger de son père adoptif ! Rien que ça, me direz-vous. Mais cela dit, cela prend alors tout son sens, l’auteur ayant préparé le terrain bien en amont. Tous ses indices, le père craintif, peu préoccupé par la sécurité, la violence de Yotsuba, son impolitesse, ses capacités surhumaines (elle peut voler !), mais surtout, une phrase à l’allure anodine, mais qui finalement, révèle à ce moment toute son importance, décelée à la relecture.

« Papa… est un ennemi de la Terre. »

Dans le contexte, cette phrase (que vous pouvez lire en anglais bien au-dessus) s’oubliait rapidement, simple remarque. Avec le recul, elle devint l’aveu même de Yotsuba concernant sa véritable nature. Elle sait ce qu’elle est, elle connaît sa destinée, et cette responsabilité, déjà, pesait sur ses frêles épaules.

Il semble que le mythe de l’enfant-démon aux cheveux verts devant détruire l’Humanité soit monnaie courante au Japon, comme l’indique la sortie récente de Beelzebub. Mais si ce dernier traite le sujet de manière assez terre-à-terre, avec baston et pouvoirs paranormaux à l’appuis, Kiyohiko Azuma a de son côté joué le jeu tout en finesse, dévoilant ses cartes avec parcimonie, jusqu’à la révélation fracassante. L’une de ses cartes est d’ailleurs le précepteur de l’enfant-démon, déguisé en un subtil nounours…

Son nom a été choisi par Yotsuba. Carotide. Rien que ça, franchement, c’était un signe évident de la santé mentale de la fillette. Mais non, l’auteur nous a bien eu, jouant sur l’innocence de l’enfant face à des mots dont elle ne connaît pas le sens. Sauf que… Sauf que, bien évidemment, c’est ici le goût pour le sang, le meurtre et la violence qui s’exprime. Mine de rien, dès les premiers tomes, son destin était tracé…

Carotide est donc l’éducateur de Yotsuba, veillant à ce qu’il ne lui arrive rien. Absent des premiers tomes, il apparaît un peu, comme qui dirait, par hasard, lors d’une énième visite de la gamine chez ses joyeuses voisines. Depuis, il ne la quitte plus (à moins que ce ne soit elle qui ne le quitte plus, c’est assez dur à dire). Quoiqu’il en soit, une fois la vérité sur Yotsuba dévoilée au grand jour, le nounours ne se cache plus, et c’est ensemble qu’ils vont, allant gaiement, détruire le monde !

Pour conclure, Yotsuba est un manga paraissant gentillet, mais possédant une force graphique et une intensité psychologique parfois troublants, et que je conseillerais donc pas à tout le monde. Néanmoins, pour qui apprécie les manga fantastiques qui tiennent leur promesses, ce seinen est un vrai bijoux ! A lire, donc, histoire de se faire un avis par soi-même !
Et comme le dit le slogan, « Destroy Eveything »!

19 réflexions sur “ [Test aveugle] Yotsuba & ! ”

  1. Trop fort Bobo, t’es télépathe par ordi interposé ! Je suis en train d’écrire un billet sur la petite diablesse aux cheuveux verts !
    Du coup t’auras mon avis dès cette nuit ou la prochaine (tout dépend de ma flemme).

    Excellent ton article !😄

    1. Oh, j’ai des pouvoirs psychotechnologiques, trop fort !

      Sinon, pour la p’tite histoire, ce billet est partiellement inspiré des « test aveugle » du magazine mangajima, dans lequel un chroniqueur écrivait un article sur un manga qu’il n’avait jamais lu à partir de 4/5 images choisies… On se retrouvait avec des trucs bien barrés.😄

      Bon là, c’est sûr, connaissant le manga, c’était un peu différent, mais je me suis bien amusé quand même. Du coup, je me vois bien refaire ça à l’occasion… =)

      1. Voilà qui me fait encore une fois regretter de ne jamais avoir ouvert ce magazine ><

        Et n'hésite pas à le refaire, le résultat est vraiment très bon ;D

        (Et ma flemme, accompagnée de ma Playstation, a eu raison de la fin de mon billet sur Yotsuba XD)

        1. Oh, désolé. Tu t’en remettras, je pense… Et merci pour le compliment ! >///<

          (Au fait, soigne ta flemme, balance ta PS, elles vont te corrompre et t'emmener du côté obscur de la Force, surtout si elles t'empêchent de parler de Yotsuba-chan !)

  2. Excellent billet, je me suis bien marré😄

    On ne le dira jamais assez, c’est franchement dommage ce qui arrive à Yotsuba au niveau éditorial.

    Et d’ailleurs, ça me fait penser que le tome 10 de Yotsuba n’est toujours pas annoncé. Comme celui de Real. Et je le vis mal ><

    1. Merci ! ^_^

      Pour Real, je ne suis pas trop inquiet. Le tome 8 est sorti en juillet 2009, le 9 en août 2010, donc le 10 devrait sortir en septembre, peut-être…

      Par contre, pour Yotsuba, son absence prolongée m’embête bien plus. Moi qui pensais la retrouver cet été, c’est râpé, à priori. J’espère que le tome 10 sortira à l’automne au pire…

        1. J’vais leur envoyer un mail, en espérant une p’tite réponse positive. Normalement, ils doivent bien connaître leur planning 2011… =_=

        2. Ils vont te répondre dans 5 mois en te disant il sort la semaine prochaine >_<

          J'adore recevoir des réponses de Kana à des questions que j'avais oublié…

  3. J’ai trouvé ça plutôt marrant et ton article donne envie quand même. Pour un manga qui est, comment dire…pas super complexe, sa simplicité est ce qui donne envie de le lire. Pour moi, c’est quelque chose d’exceptionnel, d’habitude j’évite ça comme la peste

Laisser un nyan !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s